L’université « glonacale » en marche.

L’université contemporaine se caractérise – plus que jamais – comme une institution aux contours de plus en plus flous. Sa structuration traditionnelle en fonction des divisions disciplinaires héritées de la tradition scientifique classique s’affaiblit et se redéfinit en fonction de nouvelles exigences épistémologiques et pratiques de multi- et trans-disciplinirarité ; les outils numériques ont accéléré le développement des collaborations inter-universitairees dans le même temps que s’accélérait la mobilité des chercheurs et des étudiants. L’intégration de nouvelles missions d’expertise, de services à la société et la démultiplication des relations avec le monde de l’entreprise qui motivèrent à l’époque la vision « multiversitaire » de Clark Kerr ou encore, plus récemment, le modèle de la « triple hélice », ont amené l’université à concevoir de nouvelles missions et de nouveaux métiers. Enfin, l’érosion de sa responsabilité de référence culturelle au profit du statut d’outil au service de l’économie de marché (formation, innovation) voire d’entreprise de valorisation du savoir (autonomie, désengagement des pouvoirs publics, compétition), conduit l’université à se positionner  simultanément sur les plans international / global (partenariats mais aussi légitimation à travers les « rankings ») et local (contribution au développement/ redéploiement des économies locales) : une posture « glonacale » au sens où le terme fut popularisé par Marginson dans le domaine de l’étude de l’évolution de l’enseignement supérieur (https://cshe.unimelb.edu.au/people/marginson_docs/JEPF2.2004Marginson.pdf)

Une université européenne en construction – Educpros.

 

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Amazon launches new program to fund university research | The Seattle Times

via Amazon launches new program to fund university research | The Seattle Times.

Les Etats ont ouvert les portes en grand. Il faut s’interroger, non pas sur l’intervention entrepreneuriale à l’oeuvre depuis longtemps dans les mondes universitaires, à commencer par les institutions anglo-saxonnes, mais bien sur le limites de ce qu’elle est – techniquement – susceptible de devenir via les géants du numériqueimages.jpg

MicroMasters : une nouvelle stratégie d’ouverture et de diversification de l’université ?

Le MIT avance sur la voie de la reconnaissance académique des Mooc avec le lancement, début 2016, du premier « MicroMaster » en Supply Chain Management. Il est proposé à l’étudiant de suivre l’équivalent du premier semestre de cours en Mooc. S’il le souhaite et s’il valide ses examens, il peut terminer son master pendant un semestre au MIT, en présentiel. Il obtient alors le même diplôme que les étudiants qui effectuent l’ensemble du cursus sur le campus. L’avantage est de pouvoir diviser par deux les énormes frais de scolarité (30.000 dollars par semestre). Pour ceux qui souhaitent suivre les cours en ligne sans terminer le cursus complet, le MIT prévoit une « micro-accréditation » ou MicroMaster leur donnant accès à un complément de formation dans le domaine dans d’autres organisations ou institutions. MOOC-Cartoon-434x415

via Massachusetts Institute of Technology to launch half MOOC, half in-person master’s degree program | Inside Higher Ed.

Vers la mort programmée de la liberté académique ?

La promotion de la tenure par l’Association des Professeurs d’Université aux Etats Unis (AAUP) avait pour principal objectif de garantir la liberté académique dans un contexte où l’université était essentiellement privée et où l’anti-intellectualisme était monnaie courante parmi les membres des conseils d’administration. On ne s’étonnera donc pas que, derrière les arguments traditionnels de la doxa du nouveau management (économie, rentabilité, flexibilité …), se profile de plus en plus la volonté de soumettre l’enseignement supérieur à l’idéologie libérale et au monde de la finance et de l’entreprise.

Wisconsin faculty incensed by motion to eliminate tenure from state statute

via Wisconsin faculty incensed by motion to eliminate tenure from state statute | InsideHigherEd.

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Les assassins de Palmyre

L’université, c’est cela aussi. Et peut-être même surtout. Merci à Didier Viviers, Recteur de l’ULB de rappeler qu’un scientifique c’est aussi un intellectuel et qu’un intellectuel ça ne sert pas qu’à être évalué, calculé, mesuré, rentabilisé. Palmyre et les autres crimes culturels de Daesh ne montrent hélas pas que l’imbécillité et la dangerosité des intégrismes religieux. La manière dont les grands médias traitent – ou ne traitent pas – de cette négation de la culture qui est, partant, négation de l’esprit, de la beauté et de l’intelligence, en dit beaucoup sur la place de ces valeurs dans notre propre civilisation du marché. Entre autres, l’insoutenable dette grecque et l’inquiétante plongée des bourses internationales, la valeur à la revente d’un footballeur, le financement public d’un circuit de F 1 sous le couvert qu’une activité polluante, en totale contradiction avec le principe d’une société équilibrée, paisible et cultivée, sont aujourd’hui les priorités d’un monde politique totalement détaché de l’idée de progrès humain. L’université en subit les effets qui se voit pressée de justifier à longueur d’année académique qu’elle est une entreprise utile et productive. Entraînée comme le monde qui l’entoure dans une dynamique à court terme de croissance, d’innovation à visées commerciales, d’allégeance aux valeurs entrepreneuriales, de création de « buzz » technoscientifiques, l’université a de plus en plus de mal à faire vivre la pensée critique, celle qui demande du temps, de la mise à distance, le courage de refuser les évidences et de penser à contre-courant. Il reste des hommes et des femmes qui travaillent à l’université et qui considèrent que leur travail de recherche et d’enseignement comporte une responsabilité d’engagement. L’engagement : voilà un mot qui fait frémir les frileux – voire hypocrites – tenants de l’illusoire objectivité scientifique qui préfèrent fermer pudiquement les yeux sur ce que d’autres peuvent faire des connaissances. Qu’ils soient rassurés. Revendiquer et assumer d’être un universitaire engagé, ce n’est ni plus ni moins le fait de revendiquer et d’assumer ses responsabilités de citoyen à dire ce que l’on pense du monde comme il va et ce que l’on voudrait qu’il devienne. Soyons encore plus clairs et définitifs : c’est revendiquer et assumer les responsabilités que n’assument plus ni les politiques, ni les grands médias, trop soucieux de complaire à la pensée dominante qui est aussi celle de leurs bailleurs de fonds, de leurs électeurs et / ou de leur clientèle.

Les assassins de Palmyre | Libres examens. Blog-notes de Didier Viviers, Recteur de l’Université libre de Bruxelles.

Classement des meilleures universités de France : un bel exemple d’inanité.

Que penser de gouvernements, d’élus, de hauts fonctionnaires, de prétendus experts qui réduisent la notion de qualité à des statistiques insignifiantes ? Voici un article qui illustre bien l’obsession de réduire tout et n’importe quoi à une accumulation de chiffres et à des comparaisons de pourcentages. En l’occurrence, l’apprentissage et la maîtrise de connaissances complexes se voient jugés non pas relativement au contenu de ces connaissances ni à la qualité de ce contenu. On peut aussi décider qu’une université est plus ou moins bonne en fonction d’un improbable « taux d’insertion » des diplômés qui, non seulement ne dit rien du contexte spécifique des universités considérées, mais encore conforte dans l’esprit du grand public l’idée selon laquelle la connaissance (universitaire et scientifique en particulier) n’a de sens qu’en fonction de sa capacité à servir l’idée que tout est marché, que tout est économie, que tout est rentabilité ou efficacité.

via Classement des universités 2015 : quelle est la meilleure fac de France ? [PALMARÈS] – Linternaute.