L’attitude critique, une nécessité impérieuse.

Dans une société où l’obéissance est érigée en vertu, le risque de conformisme est d’autant plus grand que la désobéissance et la remise en question des certitudes dominantes apparaissent comme des déviances. Jordi Cabezas Salmerón met en garde contre les soumissions et les démissions qui se révèlent autant de défaites de la liberté et de la démocratie. La pensée critique s’impose dès lors pour lutter contre la tyrannie de l’indifférence et de l’inertie et pour initier la reconquête de la liberté.

espiritu-critico

via La actitud crítica. Una imperiosa necesidad.

Les « jobs à la con » de David Graeber

Pourquoi les emplois les plus utiles à la société sont-ils les plus mal payés ? Quelle partie de notre temps de travail consacrons-nous à ce que nous sommes exactement censés faire ? Pourquoi les entreprises qui cherchent la rentabilité en licenciant à tour de bras conservent-elles tant de postes administratifs abscons ? De façon pas très académique, David Graeber, anthropologue, (dont on peut se demander en passant quelles sont ses relations avec ses collègues de la London School of Economics) pose la question d’un étonnant paradoxe : comment se fait-il que le capitalisme et son discours d’efficacité, de rentabilité et de productivité, se traduisent dans un accroissement du poids des diverses administrations et, surtout, de tâches a priori sans utilité apparente  ?

Voilà, me paraît-il, un intéressant point de départ pour (re)questionner la pertinence d’un enseignement supérieur de masse et celle de ses efforts – parfois pathétiques – pour justifier sa capacité à fournir aux étudiants des compétences en adéquation aux exigences du marché.

via On the Phenomenon of Bullshit Jobs – STRIKE!.

Des intellectuels et de la complexité.

J’avoue que je suis un peu (beaucoup) déçu par ce billet de Serge Tisseron, mais à la décharge de l’auteur, le format médiatique ne favorise pas le développement d’idées … complexes. La question n’est cependant pas de disserter sur les limites que je trouve à cet article mais plutôt de souligner l’intérêt du thème qu’il aborde. Je ne parle pas du titre, ambigu s’il en est. De quel pouvoir des intellectuels – rêvé ou fantasmé – parle-t-on ? Et puis, les intellectuels ont-ils jamais eu « prise » sur leur époque ? Devenir le cas échéant le conseiller du Prince ne signifie pas pour autant être puissant. En revanche, on peut penser que les intellectuels ont pour principale responsabilité de réfléchir de manière critique. Par essence, la pensée critique qui se construit sur base de la réflexivité propre aux sciences humaines et sociales est une pensée complexe. Complexe car elle ne peut se contenter d’oppositions binaires du type bien / mal, ancien / nouveau ou encore gauche / droite … Complexe car compréhensive dans les deux sens du mot, à savoir celui de l’entendement mais aussi celui de la prise en considération dans un regard globalisant de la diversité des paramètres qui constituent une problématique. L’intellectuel sera donc celui qui, à mon sens, acceptera d’abandonner la posture du spécialiste et les contraintes pratiques, méthodologiques, d’une discipline pour relier sa spécialité au monde des hommes, à l’environnement humain et planétaire. Ce n’est pas de penseurs plastiques adaptables à un monde mouvant, techno-déterminé, mondialisé etc. – tel que la novlangue médiatique le décrit (et Serge Tisseron tombe malheureusement dans le panneau sémantico-rhétorique) que nous avons besoin, mais bien de personnes capables, au départ de leurs spécialités respectives, de retisser les liens avec tous les constituants des enjeux de l’humanité contemporaine. On pensera ce qu’on veut d’Edgar Morin, mais il reste à mon avis celui qui a le plus lucidement décrit l’exigence première pour la science contemporaine : distinguer et relier.

via Les intellectuels d’aujourd’hui ont perdu toute prise sur notre époque.

Les sciences sociales ne jouent plus leur rôle de contre-pouvoir »

Une interview comme l’on dit interpellante du sociologue Dominique Boullier « (…) les chercheurs en sciences sociales semblent enfermés dans une tour d’ivoire. Tout se passe comme s’ils ne cherchaient pas à se saisir de ces nouvelles données sociétales, comme s’ils estimaient ces phénomènes superficiels. Nous assistons à un décrochage des sciences sociales qui, du coup, […]

Marxisme et sociologie aujourd’hui

Penser l’université, ses transformations et en particulier son évolution contemporaine revient à analyser les relations de la science (ou, plus généralement encore, des connaissances au sens le plus large du mot) à son contexte politique et économique. Or l’université contemporaine, celle qui (re)naît et se développe avec l’Europe du 19e siècle, des recompositions politiques, du triomphe de l’Etat-nation, de l’industrie et – ne l’oublions-pas – de l’affirmation des Etats-Unis comme grande puissance, ne cesse d’avoir maille à partir avec le capitalisme. Luc Boltanski et Eve Chiapello, dans Le Nouvel Esprit du Capitalisme (Paris, Gallimard, 1999), caractérisent ce dernier par sa capacité à se métamorphoser au gré des soubresauts de l’histoire en retournant à son avantage les critiques qui lui sont adressées. Savoir dans quelle mesure l’université, tout occupée à entretenir d’elle-même une image idéale de liberté, d’indépendance voire de résistance intellectuelle, s’est pliée de plus ou moins bonne grâce aux injonctions des intérêts des divers avatars du capitalisme, serait l’affaire d’une sociologie de l’institution universitaire qui reste à organiser. On imagine que, dans le contexte qui est celui du Processus de Bologne depuis une trentaine d’années, cela n’a pas été une priorité des institutions, ni même des Facultés de Sciences humaines et sociales – même si une intéressante littérature existe en lien plus ou moins direct avec l’objet université. Un regain d’intérêt certain pour la place de la critique dans les « humanités » donne aujourd’hui la possibilité de découvrir ou redécouvrir des textes essentiels pour l’articulation d’une telle sociologie de l’université. C’est le cas de celui de Razmig Keucheyan, Marxisme et sociologie aujourd’hui http://www.contretemps.eu/interventions/marxisme-sociologie-aujourd%E2%80%99hui) qui recoupe nombre de préoccupations de ce qu’on peut considérer comme un ouvrage de référence francophone en la matière : Le tournant de la théorie critique (FRERE, B., dir.), Paris, Desclée De Brouwer, 2015 (http://orbi.ulg.ac.be/handle/2268/172182).

via Marxisme et sociologie aujourd’hui | Contretemps.