« Chronique », « opinion » et rétrécissement du débat politique.

Je m’attarde ici à ce qui me paraît être un cas d’école – parmi d’autres – de la réduction de la réflexion intellectuelle à la (presque) caricature. 40 lignes de stéréotypes, d’appels au « changement », à des « réformes courageuses » et à la stigmatisation de la « gauche culturelle » (dont on aimerait avoir une définition : en quoi la gauche « culturelle » se distingue-t-elle de la gauche tout court, de la gauche « politique », de la gauche « idéologique » etc…?) responsable de la déréliction économique, des scandales politico-financiers, du dégoût du politique et surtout du frein à la transformation du gouvernement de la société en gestion managériale (par des professionnels désintéressés bien entendu). On aurait aimé que l’auteur nous dise un mot des questions éthiques soulevées par la substitution de la responsabilité individuelle à la mutuellisation des risques sociaux ou encore de la complaisance de certains partis à l’égard de de l’évasion fiscale. Qu’il explore les différentiels de salaires hallucinants dans les grandes entreprises et le poids de celles-ci dans la définition des politiques internationales, à commencer par l’Europe. Qu’il s’inquiète des contradictions entre les concepts de croissance et de consommation avec ceux de durabilité ou de soutenabilité éco-systémiques. Qu’il dise un mot de la substitution des principes de la gestion privée à ceux de politique publique, etc. Il ne s’agit pas tant ici de parler de socialisme, d’écologie ou de libéralisme que d’accepter la nature complexe de la société contemporaine et que la comprendre demande la mobilisation de nombreux regards : sociologiques, socio-politiques, psycho-sociologiques, historiques, anthropologiques et économiques. Ce travail est réalisé – dans des conditions pas toujours confortables – dans les universités, par des chercheurs qui ne sont pas, comme on voudrait le faire croire, tous des marxistes à oeillères qui rêvent de finir leurs jours en Corée du Nord. Mais des recherches argumentées, des articles souvent pointus, des monographies volumineuses sont bien moins sexys que les chroniques de spécialistes en tout et n’importe quoi autoproclamés. La chronique n’est pas la vulgarisation à laquelle tentent de s’astreindre les vrais chercheurs (pas ceux des think tanks) ; elle est le signe d’un monde de la consommation immédiate d’information fast-food ; elle est à la rigueur intellectuelle ce que Veviba (https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_le-scandale-alimentaire-veviba-au-menu-des-deputes-federaux-ce-lundi?id=9864030) est à la viande qualité. La chronique fait parfois rire dans les émissions de variété ; elle conforte l’adhésion à des thèses simplistes quand elle passe dans la presse pour les « opinions » que les journalistes ne prennent plus la peine de documenter et de développer. La chronique, c’est la facilité par l’omission. En l’occurrence ici la mise en épingle d’une problématique pour cacher la forêt des critiques qu’on peut adresser à un modèle civilisationnel en bout de course, modèle qu’il convient de repenser à une échelle qui dépasse le poto-poto national et a fortiori régional. Mais pour beaucoup, à commencer par les partis traditionnels, ce poto-poto reste l’horizon indépassable du débat politique … d’autant plus que les élections approchent. Ainsi, on peut avoir l’impression que la plume de M. Dujardin fait passer une tribune politique sous couvert d’opinion individuelle et d’analyse a-politique, servant davantage un parti dont il pourrait être proche que le public des journaux (comme le Vif) où il apparaît régulièrement . En fin de compte, est démontrée par là-même 1. l’incapacité des médias à exister en tant que contre-pouvoir et vecteur d’évolution sociale, économique et politique, dès lors qu’ils sacrifient l’analyse en profondeur à la superficialité des chroniqueurs 2. l’indifférence dans laquelle les compétences scientifiques dans les sciences humaines et sociales sont reléguées par les médias commerciaux et le monde politique.

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http://www.lalibre.be/debats/opinions/face-au-degout-de-la-politique-voila-la-vraie-rupture-a-operer-opinion-5aa56b6acd702f0c1a413c8e

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