Fusion et rationalisation des universités. Une vieille antienne managériale.

La fusion et le regroupement en vue d’économies d’échelle et de concurrence internationale, est une constante de tous les paysages universitaires européens depuis Bologne (le fantasme de la fameuse « masse critique » qui, comme par magie, ferait des institutions de nouveaux MIT, Oxford ou Harvard …) . Depuis 1995 en Belgique, tous les Recteurs et ministres de l’enseignement supérieur y ont pensé et les multiples rapprochements, partenariats et fusions entre institutions philosophiquement et / ou géographiquement proches qui ont eu lieu depuis, en témoignent. Sous couvert de qualité, c’est bien de stratégie gestionnaire dont il est question ici. L’argument de la « rationalisation » s’inscrit dans le contexte d’un discours qu’il est difficile de contester de prime abord tant il semble frappé au coin du bon sens. C’est oublier cependant que ce que l’on observe est en soi le produit d’autres logiques sous-tendues en d’autres temps par d’autres excellentes raisons. La configuration des paysages universitaires en France, en Belgique, aux USA est le produit d’histoires spécifiques déterminées par des logiques, des besoins, des contraintes et des représentations spécifiques des relations entre savoir et société. Depuis plus de trente ans, la globalisation économique et la domination idéologique du capitalisme neolibéral a conduit à considérer le monde à travers un prisme unique qui et en gros celui de la nouvelle gestion publique. Cela se traduit par l’uniformisation des discours politiques et économiques et l’assimilation de la gestion publique à la gestion d’entreprise : même vocabulaire, même anglicisation du propos et des titres, mêmes mots d’ordres, mêmes objectifs et substitution de l’évaluation chiffrée, prétendument neutre et objective, au débat d’idées, supposé dépassé. Ce texte du journal l’Echo est une assez bonne illustration de cette rhétorique qui fait primer la forme sur le fond. Il s’agit avant tout d’opposer un ancien monde, forcément étriqué et « has been » à un nouveau, plus simple, plus efficace et d’autant plus séduisant qu’il se voit dès le départ présenté comme quelque chose d’innovant, concurrentiel, performant. Indirectement, l’article ne manque pas de discréditer les universitaires qui enseignent et cherchent, mais sont bien trop occupés ou ignorants des réalités, pour imaginer que la connaissance est aujourd’hui un produit qui devrait se concevoir et se vendre sur des zones industrielles, dans des incubateurs d’entreprises et des parcs scientifiques. Les entrepreneurs ont aujourd’hui la main et ils le font savoir. Ce sont eux qui dictent l’agenda des politiques et se chargent, à travers des médias soumis au chantage publicitaire, de dire ce qu’il convient de faire et de penser.  Il y aurait beaucoup à dire sur le support réflexif d’un tel texte que l’on verrait mieux comme base d’un exposé dans un club-service local. Citer la politique de Nicolas Sarkozy à travers ce qu’en dit le journal le Monde ne peut impressionner que ceux qui ignorent toute une littérature spécialisée consacrée au rôle territorial et local des universités, à l’articulation de leurs spécificités, à leur maillage international, notamment avec les pays en voie de développement, leur rôle social et politique, etc. L’université, ce n’est pas qu’une question de bilans comptables mais aussi des réflexions fondamentales en matière d’épistémologie, d’accès libre aux connaissances, de liberté de pensée …  bref, autant de choses qui échappent à la logique utilitaire développée dans l’article et qui, pourtant, sont d’une importance capitale au moment où il s’agit de penser des défis qui ne sont pas seulement économiques, mais bien écologiques et éthiques.

https://multimedia.lecho.be/lappeldesxi/#fusion?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_content=PPL2&utm_campaign=Redressement

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