Lectures de vacances… (1)

Ce mois de juillet a été l’occasion de lire quelques uns des (trop) nombreux livres accumulés sur mon bureau. On commence par du lourd : Marc Joly, La révolution sociologique. De la naissance d’un régime de pensée scientifique à la crise de la philosophie (XIXe – XXe siècle), Paris, La Découverte, 2017. L’argument de l’ouvrage a de quoi séduire. Il s’agit en effet de montrer comment « au tournant du XIXe et du XXe siècle, l’ordre de la pensée, du savoir et des représentations a été ébranlé par la sociologie naissante ». Alors que la philosophie régnait jusque là en surplomb de tout l’appareil explicatif du pourquoi et du comment de l’existence humaine, la sociologie va progressivement y substituer une approche tenant compte à la fois des déterminants historiques et biologiques de la société et des individus qui en font partie, ainsi que de la nature « sociale des catégories de pensée et des pratiques de production et de transmissions des connaissances ». Au terme de l’ouvrage, on ne peut qu’être convaincu que la sociologie est le point de rencontre de toutes les approches factuelles / scientifiques de la réalité humaine et, qu’à ce titre, elle est en quelque sort un point de passage obligé pour en saisir toute la complexité. Hélas, avant d’en arriver là, il y a plus de 500 pages d’une prose difficile, parfois alambiquée, qui n’arrive en tout cas pas à s’alléger d’une érudition hors norme (Marc Joly n’est pas chargé de recherches au CNRS pour rien … ) mais quelque peu encombrante. Au total, une vraie brique, passionnante par ce qu’elle permet d’apprendre, mais d’autant plus lourde à digérer qu’on a parfois l’impression qu’elle est motivée par un procès à charge de la philosophie.

Plus léger, mais certainement pas moins profond, « L’utilité de l’inutile » de Nuccio Ordine. Professeur de littérature italienne à l’Université de Calabre et visiting professor de multiples institutions de recherche et d’enseignement en Europe et aux Etats-Unis, Nuccio Ordine prête sa voix au débat qui oppose les tenants d’une université pragmatique et formatée pour répondre aux exigences de la démocratie de marché, aux scientifiques et intellectuels pour qui la science a une pertinence au-delà de la rentabilité et de ses usages experts et professionnels. Excellemment écrit (et traduit), « L’utilité de l’inutile » est un petit bijou qui s’articule en trois chapitres, eux-mêmes subdivisés en petits paragraphes présentant la point de vue d’écrivains et de philosophes sur les thématiques suivantes : l’utile inutilité de la littérature, l’université-entreprise et posséder tue. Après nous avoir rappelés à la profondeur de Montaigne, Campanella, Bataille, Hugo, Tocqueville,  Shakespeare, Stevenson, Garcia Marquez, Cervantés, Milton et d’autres, le livre offre – cerise sur le gâteau, l’essai d’Abraham Flexner, grand penseur de l’éducation nord américaine au début du XXe siècle, « De l’utilité du savoir inutile » : (Extrait) « N’est-il pas curieux que, dans un monde pétri de haines insensées qui menacent la civilisation elle-même, des hommes et des femmes de tout âge, s’arrachant en partie ou totalement au furieux tumulte de la vie quotidienne, choisissent de cultiver la beauté, d’accroître le savoir, de soigner les maladies et d’apaiser les souffrances, comme si, au même moment, des fanatiques ne se vouaient pas au contraire à répandre la douleur, la laideur et la souffrance ? (…) « . (Nuccio Ordine, L’utilité de l’inutile. Manifeste. Suivi d’un essai d’Abraham Flexner, Paris, Les Belles Lettres, 2014).

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