A la recherche d’un point d’appui

En sociologie, la question du point de vue, du positionnement, est centrale. On pense naturellement à l’orientation du regard par rapport à l’objet (observation extérieure, observation participante …), à la distance focale qui sépare l’oeil de la chose observée : micro, macro, zoom … la métaphore photographique est d’ailleurs bien utile pour faire comprendre aux étudiants que le sociologue doit continuellement relier sa description aux caractéristiques qui déterminent sa vision. Mais on néglige parfois de préciser que la qualité de la photographie est aussi fonction de la stabilité du dispositif photographique. La posture du chercheur est question de situation et d’assise. Le mot lui-même est évocateur. La posture n’est pas un mouvement ; d’ailleurs, il est significatif que le français familier de Belgique en fasse une petite statuette, un objet aussi tangible qu’inerte. Quand elle désigne une attitude, même fugitive, la posture fait référence à quelque chose de précis, de net ; un instant peut-être mais un instant nécessaire pour cadrer et saisir nettement l’image. De quoi est faite cette stabilité ? Sur quoi finalement le chercheur peut-il se camper assez solidement, non seulement pour saisir l’image, mais aussi pour ensuite la présenter de manière claire et l’analyser ? On comprendra ici que l’observation et l’analyse sociologiques sont fonction d’un lieu et d’un temps, d’un espace et d’une durée. A la réflexion, plutôt que de photographie ne conviendrait-il de parler de film, de prise de vue en rafale ou continue ? En effet, le sociologue observe, non pas des images, mais des processus dont la somme n’est autre que la vie des hommes en société. Mais l’observation n’est pas une fin en soi ; elle n’est que l’appréhension qui précède la compréhension. Or, la compréhension est-elle même un processus. Elle est la formation et la formulation des hypothèses, l’analyse, la comparaison ; elle est la réflexivité ou remise en question qui mènera au besoin à la reformulation des hypothèses et à la réorientation du travail. Au bout du compte, il me paraît que le travail sociologique d’observation et de compréhension contient nécessairement une part de méditation (au sens de « réflexion visant à l’approfondissement d’un sujet » (Robert, 2007)). On peut relier celle-ci à l’indispensable prudence intellectuelle censée commander le travail scientifique ; on peut aussi trouver une dimension méditative à l’obligation pour le sociologue de garder une conscience aiguë de deux choses. La première est que, malgré tous les efforts pour la constituer en discipline autonome, la sociologie a partie liée à la philosophie, à la psychologie, à l’histoire, au droit, à l’économie politique, à l’anthropologie … bref, à toutes les sciences dont l’objet est, de près ou de loin, l’homme dans ses rapports à ses semblables. Contextualiser un objet et l’analyse à laquelle on va le soumettre, ce n’est rien moins que le resituer par rapport à ce que l’ensemble des sciences humaines et sociales peuvent en dire pour nous éclairer. La seconde concerne la connaissance des choses observées. Les choses observées, ce sont les faits, les acteurs, les actions, les interactions, les institutions, les organisations … la grande variété de ciblages possibles de la réalité que nous offrent les grands auteurs et les grandes théories. Ces choses, le sociologue les « connaît » certes par le simple fait qu’il est lui-même membre et acteur de la société qu’il observe. Mais pour passer à la connaissance « savante » qu’est la compréhension, il lui faudra « se détacher (de la connaissance ordinaire) et (…) puiser, pour ce faire, dans le stock de connaissances disponibles propre à (la) discipline scientifique (son corpus de règles de procédures, de méthodes, de techniques, de concepts et de modèles) (Corcuff, Ph., Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, 1995, p. 58). Il n’y a – et ne peut y avoir – dans une telle démarche, rien de routinier. La compréhension est effort et exigence ; effort de se dégager des évidences et des a priori ; exigence de qualité dans la connaissance des choses qui ne se réalise qu’à travers une pratique rigoureuse. On laissera à Hüsserl entre autres le soin de penser qu’une science absolue, capable de soumettre à une critique imparable toutes les évidences, est possible. Plus modestement, on attendra de la pratique sociologique qu’elle soit émancipatrice, qu’elle libère des faux-semblants et des vérités trop sûres d’elles-mêmes. A ce stade se réanime le débat jamais clos du sens et des limites de la sociologie. Personnellement, compte tenu des menaces qui ne cessent de peser sur les idées de bien commun, de progrès et d’harmonie de la société humaine avec son environnement, je défendrai l’idée selon laquelle la sociologie est, non seulement un outil pour comprendre mais aussi un levier pour agir. A ce titre, ce n’est pas que le dispositif d’observation et d’analyse du sociologue qui nécessite un point d’appui ; c’est aussi la force de conviction et l’énergie intellectuelle qui ont besoin d’un support pour s’exprimer et ainsi orienter l’action.

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M. Trump : science, post-science ou non-science ?

Une analyse – inquiétante – de plus quant à la normalisation via son officialisation, du mépris de la science et de l’analyse critique des faits observés. Les faits disparaissent, l’analyse également et ne parlons même pas de la critique à laquelle se substitue l’affirmation péremptoire. Résultat de recherche d'images pour "trump science"

via Trump’s war on environment and science are rooted in his post-truth politics — and maybe in postmodern philosophy – Salon.com

La responsabilité sociale des universités.

 

Ricardo Gaete Quezada, un collègue de l’Université d’Antofagasta au Chili, m’envoie un de ses ouvrages en version pdf portant sur la responsabilité sociale des universités. Ce concept, très vivace dans les universités sud-américaines, semble assez peu présent en tant qu’objet bien délimité dans le domaine francophone, sinon de manière transversale lorsqu’il recoupe d’autres notions (comme l’ouverture des universités ou encore les nouvelles missions). Voilà un champ de réflexion intéressant à cultiver dans le cadre de la sociologie des universités.

Libro_ElconceptodeRSU_basesparasuimplementación

 

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