Climate change sceptic Pruitt to take charge of EPA

L’administration Trump institutionnalise le climato-scepticisme et le refus d’une vision holistique à long terme pour la vie de l’humain sur terre. Ce n’est rien d’autre qu’une négation de la science par le pouvoir politique que je ne peux qualifier autrement que de censure. C’est extrêmement grave et inquiétant. L’élection de Donald Trump et sa communication montrent que, si les réseaux sociaux et les médias ont permis la diffusion à grande échelle de connaissances autrefois confinées à l’université ainsi que des valeurs nécessaires à l’entretien du débat démocratique, ils ont en même temps généré leur antithèse. Jamais le complotisme et le scepticisme scientifique n’ont eu une aussi large audience. On est bien dans l’ère de la « post-vérité » où il n’y a plus d’instance capable d’imposer une norme de ce que serait la « bonne connaissance » (ainsi que les moyens de l’établir et de la diffuser). Ce rôle était auparavant dévolu à l’université en particulier et plus largement à l’école (cf. LYOTARD, J.F., La condition postmoderne, 1979) qu’on veut de plus en plus cantonner au rôle de sous-traitantes du business économique et financier. La connaissance fondée sur l’étude, la réflexion (essentiellement critique) sont méprisées comme le sont les « intellos » et ont été remplacées par l’information simplifiée, les gourous médiatiques (Zemmour, les éditorialistes mondains) et les philosophes de supermarché (Coelho, le business new-age, le coaching existentiel). Je suis de plus en plus convaincu que l’enseignement devra s’atteler à apprendre aux enfants et aux étudiants à resituer les connaissances dans le contexte très large de leur production, à analyser ce contexte et à faire le lien entre elles. En attendant, nous qui sommes encore – en apparence – libres, lisons, méditons encore plus et rapportons tout à l’utilité de nos concitoyens.

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via Climate doubter Pruitt takes EPA reins as Trump targets regulations | Reuters

Antidisciplinarité

J’aime bien la notion. Elle me paraît utile pour rencontrer les changements intellectuels qu’il nous faut consentir dans un monde dont les dimensions géographiques et temporelles ont changé. Il n’y a pas que la physique qui soit « antidisciplinaire », mais aussi la sociologie. En effet, si la physique a ouvert la brèche de la complexité dans les sciences de la nature, la sociologie fait de même pour les sciences humaines. Dans le domaine francophone (mais – étonnamment – aussi hispanophone) c’est un sociologue, Edgar Morin, qui a rassemblé sous le terme de complexité les enjeux d’une connaissance globale. Non seulement, le découpage disciplinaire des connaissances est, dans l’absolu, « mutilant » pour reprendre les termes de Morin, mais il est aussi incapable 1. de répondre aux développements scientifiques à la marge des disciplines traditionnelles 2. de rendre compte des caractéristiques de la réalité contemporaine et de ce qu’elles signifient pour l’humain. On pense ici aux enjeux environnementaux qui mobilisent tous les domaines de connaissances, de la biologie au droit, mais aussi aux enjeux sociaux et politiques eux-mêmes intimement liés aux premiers? La catastrophe de Tchernobyl a fait prendre conscience que la pollution radioactive transcendait les frontières, relativisant par là-même, tant la capacité de l’Etat-nation à maîtriser ce genre de problématique nouvelle, que le pouvoir de la science à garantir le progrès. « La société du risque » d’Ulrich Beck a ouvert la porte à des réflexions très intéressantes dans les sciences humaines sur les transformations de notre rapport au monde. C’est une banalité de dire que celui-ci s’est considérablement rétréci en raison des nouvelles technologies de la communication et de l’amélioration des moyens de transport. Toutefois, ce que l’on nomme parfois  « mondialisation » est moins un phénomène nouveau (il existe depuis les premières migrations et les premiers échanges commerciaux) que devenu radical en fonction de l’accélération du temps. Celle-ci est, selon Hartmut Rosa (« Accélération. Une critique sociale du temps », La Découverte, 2011) un trait essentiel de la post-modernité, au même titre que l’effacement progressif des frontières auquel tentent de répondre désepérément des sociopathes constructeurs de murs en tout genre. Simultanément, à l’effacement des frontières s’ajoute l’effacement des certitudes anthropologiques et épistémologiques élaborées sur la distinction nature / culture hérité de l’âge classique. Une belle illustration en est donnée par le travail de l’anthropologue Philippe Descola. Cet effacement des certitudes se traduit de diverses manières. Entre autres, dans la critique de l’expression du savoir (et de la vérité) dans les lois et les formules dont la physique quantique est obligée de s’affranchir, mais aussi par l’exploration en sciences humaines et sociales de nouveaux concepts tels que l’incertitude ou la dimension « liquide » des sociétés et de ce qui les composent. On le voit, l’étude et la compréhension d’un monde « flou » et incertain impose non seulement des collaborations entre les disciplines, mais encore la construction d’outils, de notions et de procédures nouvelles, capables de s’adapter à des champs de connaissances désormais mouvants.

via L’avenir est-il à l’antidisciplinarité ? | InternetActu.net