Pourquoi je ne publie(rai) plus (jamais) dans des revues scientifiques.

Le cri du coeur d’un Maître de Conférences en Sciences de l’information. Une pièce de choix à ajouter au débat libre-accès (open-access) aux publications scientifiques vs. l’exploitation économique de ces dernières par les grands éditeurs. Extrait : « La vraie raison c’est que notre putain de métier n’est pas d’écrire des articles scientifiques et de remplir de faire des dossiers de demande de subvention qui nous seront refusés plus de 3 fois sur 4 (…). Notre putain de métier c’est d’enseigner, de produire des connaissances scientifiques permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ET DE PARTAGER CES PUTAINS DE CONNAISSANCES AVEC LES GENS. Pas JUSTE avec nos gentils étudiants ou JUSTE avec nos charmants collègues, AVEC LES GENS. Notre putain de métier ce n’est pas d’attendre deux putains d’années que d’improbables pairs qui auraient par ailleurs bien mieux à faire – de la recherche ou des cours – aient bien constaté que nous n’écrivions pas n’importe quoi pour nous donner, au bout de deux ans, la permission de voir nos écrits diffusés avec un niveau de confidentialité qui rendrait jaloux les banques suisses et avec un coût d’accès qui … rendrait aussi jaloux les banques suisses« .

Elsevier

via affordance.info: Pourquoi je ne publie(rai) plus (jamais) dans des revues scientifiques.

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Qu’est-ce que le DSM ? – actu philosophia

 

Une réflexion sur la construction de la science et de ses justifications à travers l’étude du DSM (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux)

« Steeve Demazeux, philosophe des sciences et maître de conférence à l’Université Montaigne de Bordeaux, publie un ouvrage [1] qu’on peut qualifier de nécessaire pour la philosophie des psychopathologies et pour le « monde psy » en général : il se propose d’étudier le DSM, c’est-à-dire le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et notamment sa 3e édition. Cette troisième édition est connue pour constituer un tournant dans la vision de l’homme et de la psychiatrie ; Steeve Demazeux entend montrer la genèse de ce tournant, son contexte complexe, les lacunes et les débats voire les dissensions doctrinales et cliniques que ce manuel diagnostic cherche à combler et à résoudre« .

via Steeves Demazeux : Qu’est-ce que le DSM ? – actu philosophia

Neoliberal Tools (and Archives): A Political History of Digital Humanities

Après avoir été négligées ou critiquées par le discours dominant en matière de transformation de l’enseignement et de la recherche universitaires, les humanités semblent aujourd’hui revenir dans les grâces des « experts ». Il aura suffi d’y accoler l’adjectif  « digital »(ou encore « numérique ») pour recycler une notion longtemps présentée comme dépassée, inadaptée aux besoins et autres exigences (de l’époque, du marché de l’emploi, des entreprises … au choix) et la remettre au goût du jour. Les humanités c’est ringard mais les humanités digitales ça devient autrement porteur. Ca sent la technologie, la flexibilité, la réactivité, le flux de données, le traitement d’informations ; ça sent l’ici et le maintenant, mieux même : le futur nécessairement radieux que le progrès n’a jamais cessé de promettre. Sentez-vous le réseau, la connectivité, les applications et les interfaces design ? Sentez-vous la modernité et l’efficience ? Au diable les bibliothèques poussiéreuses, les livres ennuyeux, le temps long, la spéculation inutile : les humanités sont désormais cool, elles sont digitales ! Un article quelque peu provocateur mais qui a le grand mérite de ramener au coeur des questionnements sur le devenir des sciences humaines leur responsabilité critique.

« What Digital Humanities is not about, despite its explicit claims, is the use of digital or quantitative methodologies to answer research questions in the humanities. It is, instead, about the promotion of project-based learning and lab-based research over reading and writing, the rebranding of insecure campus employment as an empowering “alt-ac” career choice, and the redefinition of technical expertise as a form (indeed, the superior form) of humanist knowledge. This is why Digital Humanities is pushed far more strongly by university administrators than it is by scholars and students, who increasingly find themselves pressured to redirect their work toward Digital Humanities. »

 

via Neoliberal Tools (and Archives): A Political History of Digital Humanities –

Les humanités en mouvement

Découvrir les langues anciennes, ce n’est rien d’autre que découvrir ce dans quoi nous sommes enracinés, ce qui a construit et véhiculé notre culture. C’est aussi découvrir le fonctionnement de notre propre langue et exercer notre habileté à en jouer. Et l’enjeu est bien plus qu’esthétique, formel. S’approprier la langue et en devenir expert sont des prérequis indispensables pour comprendre et débattre. Bref, méconnaître le langage et les subtilités de son usage nous met en position de faiblesse comme citoyen dans la dispute politique. La langue et ses codes sont au coeur de la question de la complexité. La simplification du réel chère au rationalisme scientifique classique est une illusion qui ne tient que dans des équations. Les mathématiques dont d’aucuns pensent encore qu’elles constituent le structure même du monde n’en autorisent qu’une traduction partielle et imparfaite. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on se préoccupe de l’humain et de la difficile relation entre observation rationnelle et subjectivité. La multiplicité et la plasticité des liens entre l’individu qui observe ses semblables et son environnement, entre sa volonté  d’émanciper sa réflexion des préjugés et des superstitions d’une part et, d’autre part, l’omniprésence de ses émotions, de son vécu, de son inconscient, exigent de l’observateur discipline, méthode et outils. Généralement la formation des étudiants dans le domaine des sciences humaines insistera sur la démarche compréhensive et réflexive mais en omettant le fait que si la compréhension et la réflexivité sont des processus intellectuels, il convient de traduire le plus précisément et le plus complètement possible le fruit de ces processus. Le langage joue à ce niveau le rôle de truchement entre l’esprit de l’observateur, l’interlocuteur avec lequel il communique et surtout le support sur lequel le raisonnement va être fixé. Comme la photographie demande à être cadrée, de la même façon qu’elle peut être plus ou moins nette ou plus ou lumineuse, la pensée a besoin du langage pour être – au sens premier du mot – exprimée. Or la forme et la qualité de cette expression ne sont rien d’autres que la forme et la qualité de la langue. On ne parle pas ici d’esthétique formelle mais bien de considération à l’égard 1. de l’importance du contenu 2. de l’importance d’une bonne réception du message que l’on souhaite transmettre. En d’autres termes, tous les niveaux de langues ou de maîtrise de la langue ne sont pas équivalents. La langue est un outil mais elle est aussi une arme. Les liens entre langage et pouvoir ont été abondamment analysés et commentés et il n’est pas inutile de se reporter à ce qu’en ont dit des Bourdieu, Spinoza, Foucault ou encore Orwell. On peut d’ailleurs se demander si la novlangue de 1984 a jamais mieux été incarnée qu’à notre époque de « communication » et d' »information »… Raison de plus pour que tous, citoyens, universitaires, enseignants et étudiants, nous nous montrions intransigeants en matière de maîtrise linguistique orale et écrite. C’est en effet le premier terrain sur lequel se combattent les évidences tronquées, les faux-semblants et les mensonges qui nourrissent les argumentaires des pouvoirs quels qu’ils soient.

 

« Peut-on encore défendre les langues mortes sans être taxé de conservatisme et sans idéaliser les cultures antiques ? Prolongeant le débat ravivé en 2015 par la réforme du Collège, l’helléniste Pierre Judet de La Combe milite pour le maintien d’un rapport direct et critique avec les Anciens ».

via Les humanités en mouvement – La Vie des idées