Un besoin d’histoire-monde

L’intérêt d’une histoire globale défendu dans la présentation de l’ouvrage « L’histoire, pour quoi faire ? » de Serge Gruzinski, fait écho aux préoccupations d’Edgar Morin dont je continue à penser qu’il est une intelligence essentielle pour appréhender les limites des mythes de la modernité et du progrès. Qu’il s’agisse de la pensée complexe ou encore des « Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » (Seuil, 2000) (http://www.babelio.com/livres/Morin-Les-Sept-Savoirs-necessaires-a-leducation-du-futu/2624), Morin attire l’attention sur l’urgente nécessité de démonter les pièges du particularisme, de la spécificité et de la différence dans lesquels la tradition de l’analytique cartésienne nous entraîne. L’exigence de la réflexivité dans les sciences sociales devrait aussi être à la base des relations entre personnes et, par extension, de la dispute politique. Défendre un point de vue ne signifie pas que l’on tienne ce point de vue pour autre chose que ce qu’il est : une perception et une compréhension particulières des choses qui ne prend de sens et n’évolue qu’en fonction de leur confrontation à d’autres points de vue. De la même manière qu’elle permet de dépasser un rapport égocentriste aux choses observées, la pensée réflexive aide à sortir des représentations européo- ou occidentalo-centristes du monde. Dans l’esprit de Morin, penser globalement est à l’opposé de la simplification caractéristique d’un savoir fondé sur l’expérimentation et le dogme d’une impossible objectivité. La pensée globale est avant tout complexe dans son ambition d’identifier et de comprendre les relations  multiples tantôt contingentes, tantôt nécessaires qui permettent aux êtres, à la nature et à l’univers d’advenir à la fois en tant que sommes d’éléments mais aussi de touts spécifiques. La pensée globale n’évacue pas l’individuel et le particulier mais les replacent au contraire dans un contexte plus large où ils se rencontrent et se confondent dans leur contribution commune à des ensembles plus vastes. La pensée globale n’est pas une négation de la différence mais une affirmation de l’unité qui, en fin de compte, caractérise une mosaïque composée de fragments distincts mais soudés. Elle est en cela sinon une réponse, du moins une voie de réflexion pour lutter contre l’individualisme et l’atomisation de la société contemporaine.

 

via Un besoin d’histoire-monde – La Vie des idées

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