La science politique entravée parce qu’elle est perçue comme dangereuse

A force de lire et d’entendre que les universités sont des entreprises préoccupées de rentabiliser les connaissances (au bénéfice de l’économie et des entreprises) et les formations des étudiants (au bénéfice des entreprises et de l’économie), on a fini par oublier qu’apprendre, réfléchir, argumenter, découvrir, questionner étaient autant de leviers d’émancipation individuelle et sociale. Une société et des citoyens libres ont besoin de pouvoir accéder à un savoir qui leur permet d’entretenir et de développer cette liberté. C’est d’autant plus précieux et nécessaire dans le contexte ambigu d’une « société de la connaissance » qui n’a d’autre exigence que de rentabiliser ladite connaissance au détriment de la pensée critique qu’elle pourrait nourrir. Ainsi, médias publics et surtout privés, réseaux sociaux, communication politique et commerciale, ont-ils fait main basse sur la production d’informations, laissant à l’école et singulièrement à l’université la responsabilité de former des citoyens qui apprennent utile, c’est-à-dire davantage capables de s’adapter au contexte politique et économique que de le remettre en question. D’où les dénonciations régulières de l’inadéquation de certaines disciplines aux exigences économiques ou à la réalité politique. Qu’il s’agisse du mépris à l’égard de l’inutilité des sciences humaines manifesté entre autres au Royaume Uni ou au Japon par les tenants de l’idéologie consumériste, de l’attaque en règle des sciences politiques par un pouvoir turc plus soucieux de sa pérennité que de démocratie ou encore d’un premier ministre français pressé de démolir ces empêcheurs de gouverner en rond que sont les sociologues, les exemples se multiplient du rétrécissement progressif de la liberté de pensée. Or celle-ci ne se confond pas comme on voudrait le faire croire, avec la liberté d’expression. On peut être libre d’exprimer des choses inoffensives car non pensées, non réfléchies. C’est cela que le  marché, sous de faux airs de démocratie, tend à généraliser : une médiocrité intellectuelle suffisante pour laisser penser aux individus qu’ils sont autonomes, mais incapable par ailleurs de conduire à une contestation argumentée et organisée des différents pouvoirs.

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