Les intellectuels sont-ils anti-démocratiques ?

La question est provocatrice mais pas infondée comme l’explique le compte-rendu d’A. Guichoux. Toutefois, si l’on veut éviter de se retrouver piégé malgré soi dans la « posture en surplomb de l’intellectuel » que l’ouvrage dénonce, il conviendrait de ne pas se borner à souhaiter la dissolution de l’intellectuel dans une démocratie où la réflexion serait largement – et idéalement – partagée dans et hors de l’université. Si par réflexion on entend effectivement la double capacité de porter sur le réel un regard critique et de traduire celui-ci de manière telle qu’il puisse alimenter le débat public, il faut encore se donner les moyens de diffuser largement les outils de de la réflexion et d’instruire les citoyens de leur utilisation. Et ce faisant, de procéder à une discussion approfondie de l’idée de démocratie et de ce que l’on souhaite qu’elle devienne … ou non.

Couverture ouvrage

via Les intellectuels sont-ils anti-démocratiques ? – Nonfiction.fr le portail des livres et des idées

Publicités

La science politique entravée parce qu’elle est perçue comme dangereuse

A force de lire et d’entendre que les universités sont des entreprises préoccupées de rentabiliser les connaissances (au bénéfice de l’économie et des entreprises) et les formations des étudiants (au bénéfice des entreprises et de l’économie), on a fini par oublier qu’apprendre, réfléchir, argumenter, découvrir, questionner étaient autant de leviers d’émancipation individuelle et sociale. Une société et des citoyens libres ont besoin de pouvoir accéder à un savoir qui leur permet d’entretenir et de développer cette liberté. C’est d’autant plus précieux et nécessaire dans le contexte ambigu d’une « société de la connaissance » qui n’a d’autre exigence que de rentabiliser ladite connaissance au détriment de la pensée critique qu’elle pourrait nourrir. Ainsi, médias publics et surtout privés, réseaux sociaux, communication politique et commerciale, ont-ils fait main basse sur la production d’informations, laissant à l’école et singulièrement à l’université la responsabilité de former des citoyens qui apprennent utile, c’est-à-dire davantage capables de s’adapter au contexte politique et économique que de le remettre en question. D’où les dénonciations régulières de l’inadéquation de certaines disciplines aux exigences économiques ou à la réalité politique. Qu’il s’agisse du mépris à l’égard de l’inutilité des sciences humaines manifesté entre autres au Royaume Uni ou au Japon par les tenants de l’idéologie consumériste, de l’attaque en règle des sciences politiques par un pouvoir turc plus soucieux de sa pérennité que de démocratie ou encore d’un premier ministre français pressé de démolir ces empêcheurs de gouverner en rond que sont les sociologues, les exemples se multiplient du rétrécissement progressif de la liberté de pensée. Or celle-ci ne se confond pas comme on voudrait le faire croire, avec la liberté d’expression. On peut être libre d’exprimer des choses inoffensives car non pensées, non réfléchies. C’est cela que le  marché, sous de faux airs de démocratie, tend à généraliser : une médiocrité intellectuelle suffisante pour laisser penser aux individus qu’ils sont autonomes, mais incapable par ailleurs de conduire à une contestation argumentée et organisée des différents pouvoirs.

via La science politique entravée parce qu’elle est perçue comme dangereuse

La démocratie aux champs. Du jardin d’Eden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques

 

« On a l’habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l’usine, du commerce, de la ville. Opposé au citadin et même au citoyen, le paysan serait au mieux primitif et proche de la nature, au pire arriéré et réactionnaire.
À l’opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre les cultivateurs et la terre cultivée, favorise l’essor des valeurs démocratiques et la formation de la citoyenneté. Défile alors sous nos yeux un cortège étonnant d’expériences agricoles, les unes antiques, les autres actuelles ; du jardin d’Éden qu’Adam doit  » cultiver  » et aussi  » garder  » à la  » petite république  » que fut la ferme pour Jefferson ; des chambrées et foyers médiévaux au lopin de terre russe ; du jardin ouvrier au jardin thérapeutique ; des  » guérillas vertes  » aux jardins partagés australiens.
Cultiver la terre n’est pas un travail comme un autre. Ce n’est pas suer, souffrir ni arracher, arraisonner. C’est dialoguer, être attentif, prendre une initiative et écouter la réponse, anticiper, sachant qu’on ne peut calculer à coup sûr, et aussi participer, apprendre des autres, coopérer, partager. L’agriculture peut donc, sous certaines conditions, représenter une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l’écologie démocratique. »

via Les Livres de Philosophie: Joëlle Zask : La démocratie aux champs. Du jardin d’Eden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques.

L’exigence intellectuelle peut-elle permettre de lutter contre l’échec scolaire ?

A contre-courant de l’argument du déficit socio-culturel impliquant une approche différenciée de l’éducation, Jean-Pierre Terrail revivifie l’idée de ressources intellectuelles équivalentes chez les individus. L’exploitation de ces ressources peut aider à fonder de nouvelles approches d’un enseignement égalitaire, non fondé sur la concurrence entre élèves. J’ajoute que la réhabilitation d’une exigence intellectuelle  non suspecte de faire le lit d’un élitisme quelconque est sans aucun doute un préliminaire indispensable à l’acquisition et au développement de la réflexivité et de la pensée critique. Penser est un chose. Penser de manière exigeante suppose que l’on est capable de remettre en question évidences et présupposés, à commencer par la connaissance superficielle de soi-même.

Jean-Pierre Terrail, Pour une école de l’exigence intellectuelle. Changer de paradigme pédagogique, Paris, La Dispute, coll. « L’enjeu scolaire », 2016, 140 p.

via L’exigence intellectuelle peut-elle permettre de lutter contre l’échec scolaire ? | Revue du Mauss permanente.

Voir aussi : http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article220

Pour une école de l'exigence intellectuelle

accelerated academics : la transformation du rapport au temps dans le travail scientifique

« This series is made up of posts based on author contributions presented at Power, Acceleration and Metrics in Academic Life (2 – 4 December 2015, Prague) which was supported by Strategy AV21 – The Czech Academy of Sciences. Contributions compiled below come from a wide range of disciplinary perspectives and explore the history, development and structure of audit cultures in Higher Education, digitally mediated measurement and the quantification of scholarship. This series was coordinated by Mark Carrigan (@mark_carrigan) and Filip Vostal (@filvos). Videocasts of the conference can be found on the Sociological Review blog.

Time, Timer, Clock, Watch, Hour, Countdown, Minute

 

 

via Impact of Social Sciences – The Accelerated Academy Series.

Penser les temps modernes avec les digital humanities

Journée d’études, 13 mai 2016, Bibliothèque royale, Bruxelles. Résumé : « Ce qu’il est coutume d’appeler la révolution numérique (Web 2.0, Digital Humanities, Big Data, édition électronique, etc.) touche un nombre de plus en plus considérable de secteurs de nos sociétés. Parmi ceux-ci, la production et la diffusion du savoir scientifique nous intéressent au premier chef. Cette seconde journée d’étude organisée par ModerNum, réseau des modernistes francophones de Belgique, veut être l’occasion d’une rencontre entre spécialistes des Digital Humanities et jeunes chercheurs autour d’une double interrogation: quel(s) rôle(s) peut jouer la technologie numérique dans notre rapport à la recherche et à la communication de nos résultats ?

via Calenda – Penser les temps modernes avec les digital humanities.

Menaces de mort sur les sciences sociales (Michel Wiewiorka)

Menaces de mort sur les sciences sociales

« (…) la démocratie elle-même peut s’accommoder de tentatives pour mettre en cause l’existence des sciences sociales, sans pour autant passer par des procédés violents et autoritaires. Il en est ainsi, notamment, lorsque la droitisation extrême d’une société s’accompagne de discours économiques ou politiques développant l’idée de leur inutilité: une économie purement libérale, dans laquelle le marché règne sans limites ni contraintes, n’attend rien d’elles, et n’a besoin que d’un Etat minimal qui n’investisse certainement pas dans ce secteur ».

via Menaces de mort sur les sciences sociales – 10 février 2016 – Bibliobs – L’Obs.