Les assassins de Palmyre

L’université, c’est cela aussi. Et peut-être même surtout. Merci à Didier Viviers, Recteur de l’ULB de rappeler qu’un scientifique c’est aussi un intellectuel et qu’un intellectuel ça ne sert pas qu’à être évalué, calculé, mesuré, rentabilisé. Palmyre et les autres crimes culturels de Daesh ne montrent hélas pas que l’imbécillité et la dangerosité des intégrismes religieux. La manière dont les grands médias traitent – ou ne traitent pas – de cette négation de la culture qui est, partant, négation de l’esprit, de la beauté et de l’intelligence, en dit beaucoup sur la place de ces valeurs dans notre propre civilisation du marché. Entre autres, l’insoutenable dette grecque et l’inquiétante plongée des bourses internationales, la valeur à la revente d’un footballeur, le financement public d’un circuit de F 1 sous le couvert qu’une activité polluante, en totale contradiction avec le principe d’une société équilibrée, paisible et cultivée, sont aujourd’hui les priorités d’un monde politique totalement détaché de l’idée de progrès humain. L’université en subit les effets qui se voit pressée de justifier à longueur d’année académique qu’elle est une entreprise utile et productive. Entraînée comme le monde qui l’entoure dans une dynamique à court terme de croissance, d’innovation à visées commerciales, d’allégeance aux valeurs entrepreneuriales, de création de « buzz » technoscientifiques, l’université a de plus en plus de mal à faire vivre la pensée critique, celle qui demande du temps, de la mise à distance, le courage de refuser les évidences et de penser à contre-courant. Il reste des hommes et des femmes qui travaillent à l’université et qui considèrent que leur travail de recherche et d’enseignement comporte une responsabilité d’engagement. L’engagement : voilà un mot qui fait frémir les frileux – voire hypocrites – tenants de l’illusoire objectivité scientifique qui préfèrent fermer pudiquement les yeux sur ce que d’autres peuvent faire des connaissances. Qu’ils soient rassurés. Revendiquer et assumer d’être un universitaire engagé, ce n’est ni plus ni moins le fait de revendiquer et d’assumer ses responsabilités de citoyen à dire ce que l’on pense du monde comme il va et ce que l’on voudrait qu’il devienne. Soyons encore plus clairs et définitifs : c’est revendiquer et assumer les responsabilités que n’assument plus ni les politiques, ni les grands médias, trop soucieux de complaire à la pensée dominante qui est aussi celle de leurs bailleurs de fonds, de leurs électeurs et / ou de leur clientèle.

Les assassins de Palmyre | Libres examens. Blog-notes de Didier Viviers, Recteur de l’Université libre de Bruxelles.

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