L’Université de la Singularité arrive en France

L’événement n’est pas anodin dans le sens où l’on peut craindre que les médias généralistes ne fassent (et ne cultivent) l’amalgame entre cette université qui se montre presque aussi rétive à accepter la voie de la raison et du progrès selon Bologne que la Grèce à se faire déplumer par l’Europe financière, et ce machin. Ce machin, tout emballé dans les paillettes de la technologie et du futurisme va surtout avoir pour vocation de fignoler la formation de cadres tout acquis à la cause de sociétés oeuvrant dans des secteurs qu’on espère très rentables. La Singularity University est une organisation commerciale soutenue entre autres par Google et Deloitte. A considérer donc avec le recul critique nécessaire.

via L’Université de la Singularité arrive en France • Brèves, Ray Kurzweil, Singularité, Google, Zak Allal, Peter Thiel, Xavier Niel • Philosophie magazine.

Classement des meilleures universités de France : un bel exemple d’inanité.

Que penser de gouvernements, d’élus, de hauts fonctionnaires, de prétendus experts qui réduisent la notion de qualité à des statistiques insignifiantes ? Voici un article qui illustre bien l’obsession de réduire tout et n’importe quoi à une accumulation de chiffres et à des comparaisons de pourcentages. En l’occurrence, l’apprentissage et la maîtrise de connaissances complexes se voient jugés non pas relativement au contenu de ces connaissances ni à la qualité de ce contenu. On peut aussi décider qu’une université est plus ou moins bonne en fonction d’un improbable « taux d’insertion » des diplômés qui, non seulement ne dit rien du contexte spécifique des universités considérées, mais encore conforte dans l’esprit du grand public l’idée selon laquelle la connaissance (universitaire et scientifique en particulier) n’a de sens qu’en fonction de sa capacité à servir l’idée que tout est marché, que tout est économie, que tout est rentabilité ou efficacité.

via Classement des universités 2015 : quelle est la meilleure fac de France ? [PALMARÈS] – Linternaute.

La science démantelée par Franco.

Présentation très intéressante d’un ouvrage qui montre comment la science, à travers les libertés académiques et intellectuelles, a été mise sous contrôle par la dictature franquiste. Cela doit faire réfléchir tous ceux qui pensent naïvement que l’université et plus largement les institutions de recherche et d’enseignement sont des lieux indépendants de toute forme de pression idéologique. L’analyse des transformations auxquelles sont soumises les universités depuis le milieu des années 1980 montrent que celles-ci intègrent bon gré mal gré les valeurs et les références de l’économie de marché : pragmatisme, management, adaptation des activités aux exigences économiques, concurrence (avec toutes les autres sources de production de connaissances : écoles et laboratoires privés, Internet, médias, etc.) montre que, si le savoir se constitue à travers des processus et des méthodologies précis, il se conforme également aux injonctions qui proviennent de la trame idéologique qui sous-tend le fonctionnement d’une société donnée.

via La ciencia que desmanteló Franco / El país | Sociología crítica.

France : à l’université, la sélection des étudiants s’impose peu à peu …

… en toute illégalité précise l’article. Encore faudrait-il se demander ce qui peut conduire les universités à conditionner ainsi l’accès à la première année. L’argument d' »élitisme » me paraît un peu court, au moins dans un contexte où on ne se donne pas la peine de se demander si une forme de sélection accessible à tous n’aiderait pas à lutter contre beaucoup de désillusions en fin de premier bac, à la transformation nolens volens du premier cycle en une garderie qui évite à l’Etat à s’occuper d’un trop grand nombre de jeunes à la fois sur le marché de l’emploi (c’est la thèse iconoclaste soutenue par Alain Renaut, Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire, 2008, Timée Éditions) ainsi qu’une fuite vers le haut des hautes exigences qualitatives (à la banalisation des doctorats correspond une multiplication des post-docs et l’allongement inconsidéré des CV avant l’entrée dans la vie active).

via A l’université, la sélection des étudiants s’impose peu à peu.

L'amphitéâtre Richelieu de l'université Paris-Sorbonne, qui propose 46 formations sélectives.

The Metric Tide: Report of the Independent Review of the Role of Metrics in Research Assessment and Management

Par delà la confirmation de la volonté de tendre vers une gouvernance par la mesure, un nouvel élément interpellant dans l’analyse des transformations de l’université : comment le discours de professeurs d’université sur l’université semble ne pouvoir être légitimée qu’en se présentant – en apparence du moins – comme indépendante de l’université !

Governing by Numbers

via Impact of Social Sciences – HEFCEmetrics Review.

Voir également

http://blogs.lse.ac.uk/impactofsocialsciences/2015/07/13/the-metrics-dilemm

http://blogs.lse.ac.uk/impactofsocialsciences/files/2015/07/2015_metrictide.pdf

« Il faut soutenir les chercheurs à la mesure de leurs talents » : oui, mais …

Voici une tribune qui me paraît symptomatique. Science et recherche une fois de plus sont associées aux sciences de la nature, les seules dont il semble concevable qu’elles puissent trouver des réponses « aux défis d’un monde incertain » et « aux défis sociétaux » actuels. Comment ? En produisant ces « innovations » capables d’entraîner des « révolutions technologiques ». C’est ici le paradigme de la science classique qui règne à nouveau sans partage sur les mondes scientifique et universitaire, le paradigme de la connaissance rationnelle, mesurable qui donne à l’homme les moyens techniques de contrôler la nature et par là même d’améliorer sa condition. Bien que depuis plus de 300 ans la mythologie du progrès technique ait plus que largement montré ses limites, elle reste cependant suffisamment populaire pour renvoyer dans la catégorie des irréalistes, irrationnels voire inefficaces et inutiles, tous ceux qui cherchent à connaître à travers le prisme de l’humain et non celui d’une prétendue raison pure, indépendante et objective.

via « Il faut soutenir les chercheurs à la mesure de leurs talents ».

« L’université sans condition » de Jacques Derrida en accès libre.

via Derrida_Jacques_L_université_sans_condition_2001.pdf.

(Extrait) « Cette université sans condition n’existe pas, en fait, nous le savons trop. mais en principe et conformément à sa vocation déclarée, en vertu de son essence professée, elle devrait rester un ultime lieu de résistance critique – et plus que critique – à tous les pouvoirs d’appropriation dogmatiques et injustes. (…) Ce principe de résistance inconditionnelle, c’est un droit que l’université elle-même devrait à la fois réfléchir, inventer et poser, qu’elle le fasse ou non dans de nouvelles Humanités capables de travailler sur des questions de doit – c’est à dire, pourquoi ne pas le dire sans détour, des Humanités capables de prendre en charge des tâches de déconstruction, à commencer par celle de leur propre histoire et de leurs propres axiomes. »

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