Revitaliser la démocratie: quelques réflexions sur le dernier livre de Mathieu Bock-Côté sur le multiculturalisme

Ce n’est pas que je dénie la réalité du divers et du multiple dans toute société humaine, pas plus que la légitimité des attachements culturels, mais il m’a toujours paru qu’une célébration à sens unique des vertus des parties en opposition à un tout qui n’aurait de cesse de frustrer et nier l’existence individuelle n’était pas le meilleur moyen de construire un monde harmonieux. Depuis une vingtaine d’années, au fil de mes expériences, je me suis pris à douter de la pertinence des discours faisant des notions de « diversité » et de « multiculturalisme » une espèce d’horizon insurpassable de toute réflexion politique. Je ne suis certainement pas le seul. Le problème de la pensée critique est qu’elle a besoin pour se développer de bien plus de temps, d’espace et d’efforts que les évidences et les stéréotypes, ce qui rend souvent le débat difficile voire impossible. C’est ainsi que, n’ayant jamais cessé de me définir comme homme « de gauche » et militant de la laïcité, je me suis parfois retrouvé dans des situations d’incompréhension plus ou moins marquée avec des interlocuteurs partageant a priori les mêmes engagements que les miens. Il m’est même arrivé d’être comparé à Alain Soral et accusé de faire le jeu des thèses d’extrême-droite, simplement parce qu’en posant la question d’un humanisme de la ressemblance je devenais un nationaliste borné et rétrograde ! On pourrait en sourire si l’importance de la question ne dépassait pas l’ici et le maintenant autant que les argumentaires simplificateurs auxquels on se réfère généralement pour y répondre. Je ne suis pas – loin de là – un spécialiste en la matière. Toutefois, je considère en tant que sociologue que tout ce qui touche à l’humain est complexe par essence et que, pour saisir cette complexité, on ne peut faire l’impasse ni sur la méthode réflexive, ni sur les apports d’autres disciplines, à commencer par la philosophie et l’histoire. C’est parce qu’il est devenu en quelque sorte un critère définitoire de la société occidentale contemporaine (ou de la société mondialisée telle que l’occident la fantasme) que le multiculturalisme est – et doit être – pour les sciences humaines problématique. Mais au-delà de l’analyse, il y a, ne l’oublions-pas, la responsabilité critique du chercheur de débusquer les limites d’une notion et des modèles qu’elle a permis de constituer, ainsi que des apories auxquels ils peuvent conduire. La fuite en avant du pouvoir politique dans le tout sécuritaire comme réponse aux problèmes de l’intégrisme islamique et des phénomènes de radicalisation en est l’illustration la plus criante. Le multiculturalisme est un enjeu politique au sens large. Et à ce titre on aurait tort de le confondre avec un vivre ensemble aussi angélique que très médiatiquement correct. Parler de multiculturalité impose de (re) considérer ce qui fonde une société, les relations entre ses membres, la gestion et le développement de celles-ci et, in fine, le choix des cadres et des référents idéologiques dans lesquels ces relations seraient censées prendre place. Ce faisant, on ne manquera pas de se retrouver confronté à d’autres interrogations importantes touchant au pouvoir, à sa signification, à la manière dont il s’exerce et aux fins qu’il sert, aux notions miroir (mais non dépourvues d’ambiguïté) d’altérité et de différence ou encore aux liens touffus, parfois paradoxaux et contradictoires entre modernité, célébration des droits individuels, darwinisme social et théories raciales (cf. LOSURDO, D. (2013), Contre-histoire du libéralisme, Paris, La Découverte). En fin de compte, n’est-ce pas l’essence même d’une approche critique des faits sociaux que de permettre, voire même d’ambitionner, de faire de ceux-ci autant d’opportunités de prendre position non seulement comme universitaire mais comme sujet politique ? Le multiculturalisme est depuis trop longtemps présenté comme une évidence pour qu’on fasse l’économie d’aller voir ce que cette évidence recouvre. Ou dissimule. Ou a fait oublier. Je pense avant tout à l’idée selon laquelle l’égalité juridique et politique des individus a autant à voir avec la liberté de chacun qu’avec la coexistence de tous. Si cette égalité est à la base de la reconnaissance des spécificités et des droits, elle fonde tout autant les devoirs par rapport à un destin commun. Et comment envisager ce destin commun autrement qu’en permettant à la ressemblance, à la commune humanité, de transcender les différences ?

Multiculturalisme_Bock-Côté.jpg

( Revitaliser la démocratie: quelques réflexions sur le dernier livre de Mathieu Bock-Côté sur le multiculturalisme : article – Revue Argument )

De la science et de la platitude dans la manière d’en traiter …

Il faut vraiment lire ce vibrant appel à la mobilisation pour les sciences, l’enrôlement en rangs serrés derrière les experts de cabinets, les élus bien intentionnés mais si peu au fait de ce dont ils parlent ; il faut vraiment lire ces vulgarisateurs-pourfendeurs de la connaissance passéiste, celle de la réflexion poussiéreuse, de la méditation arthritique, de la complexité ringarde, de la modestie aussi lorsqu’elle s’écrit dans une autre langue qu’un anglais infatué, qui voudraient tant voir se précipiter les jeunes dans des études et des carrières fun, innovantes et économiquement redéployantes …  C’est bien sympathique et gentillet. Un tantinet prévisible aussi. Bref, bateau et bien dans l’air du temps. De quelles autres sciences que celles de la nature pourrait-on parler dans une réunion de la DG machin de la RW ? De quoi d’autre pourrait-il être question que de la capacité des sciences (les vraies – celles qui ont un gros cerveau dans le pantalon, sous la blouse blanche et des bidules électroniques sophistiqués dans des labos brillants comme des salles d’autopsie- ) à contribuer à un hypothétique progrès fondé sur l’accumulation, la production, l’innovation, les prouesses technologiques, la rentabilité … bref à la perpétuation d’une imagerie qui lie de manière indissociable sciences et capitalisme depuis le 19e siècle ? Etienne Klein a dit bien d’autres choses plus intéressantes et surtout plus nuancées que cette synthèse torchée dans le plus pur style communication d’entreprise. Et ce n’est pas en mentionnant l’Histoire, histoire justement de caresser les sciences humaines dans le sens du poil et leur permettre de jouer un petit rôle dans la grande mise en scène du savoir à la mode démocratie de marché, qu’on va donner du crédit à un billet aussi plat que son titre.

via La Connaissance risque de devenir quelque chose de plat | Daily Science

Cutting Humanities Ignores Essential Fabric Of Life – Hartford Courant

… mais l’essentiel est-il mesurable ? Quantifiable ? C’est bien là le problème, la zone délicate de la définition et de la justification de l’importance de ce que nous devrions aussi nommer les humanités en lieu et place de l’atomisation francophone en sciences sociales, humaines, art et culture. Face au monolithe de la rationalité productrice de richesse, de l’innovation technologique, du dépassement du contingent, du flou, de l’incertain par la vérité des chiffres et des bilans comptables, les humanités ont bien besoin de pouvoir faire front commun. Pour l’effet de masse, certes, pour ne pas laisser penser que ceux qui ne marchent pas précisément dans le sens indiqué par la doxa de la démocratie de marché (sur cette doxa voir p. ex. TREMBLAY, G., 2001 bogues : Communication, démocratie et globalisation, PU Laval, 2003) sont des francs-tireurs, ou des fous, ou des marginaux, mais aussi pour élaborer un discours commun, cohérent, suffisamment solide et compréhensible pour au moins permettre le débat politique. Ce petit article montre très bien comment le politique ne décide plus qu’en fonction d’éléments de justification totalement hermétiques à la réflexion et à la critique. Il est dit une fois pour toute que la société des hommes se gère, se planifie, se quantifie, s’évalue et que, partant, le mérite des hommes (leur reconnaissance ou leur grandeur comme dirait Boltanski) se mesure à leur capacité à gérer, planifier, produire et rentabiliser. Et comme in fine il ne peut y avoir de meilleure justification que morale, l’auteur du texte rappelle justement le raisonnement d’un journaliste qui conduit au choix impossible de la santé ou de la culture. Ne préfèreriez-vous pas que votre enfant soit soigné plutôt que dépenser les fonds destinés à l’hôpital en subsides pour des livres, du théâtre ou de la musique ? Va-t-on en arriver là dans l’enseignement, des maternelles à l’université, et dans la recherche ? Comment ne pas arriver à mettre en balance les filières de sciences humaines et sociales, l’enseignement artistique, les infrastructures culturelles avec la recherche contre le cancer ou la création de richesses et d’emplois ? Comment éviter aussi que les humanités n’en viennent  à se déguiser en porteurs d’eau des managers et des gestionnaires pour éviter purement et simplement de disparaître ? Je ne vois guère d’autre alternative que la reconstruction patiente d’un discours propre à ouvrir l’esprit des enfants et des générations futures sur tout ce que la rationalité mercantile a non pas oublié mais récupéré : la beauté, le désintéressement, la relation homme-nature, la jubilation intellectuelle, la chaleur humaine, un temps ralenti. Le temps qui permet la méditation, le déplacement de point de vue et probablement la construction d’une hiérarchie de valeurs différente.

Monday Night Jazz

 

via Cutting Humanities Ignores Essential Fabric Of Life – Hartford Courant

Enregistrer

L’université européenne la plus innovante est belge | Daily Science

Article – ou plutôt entrefilet – totalement inutile, voire choquant de la part d’un site dont l’ambition est de promouvoir la « science ». Or en plus de 3000 ans de civilisation, la question du savoir et de l’épistémologie a généré une multitude d’oeuvres et de réflexions qui semblent aujourd’hui enterrées sous la littérature aussi grise que médiocre du management et de la gestion. Cette pensée unique managériale s’articule autour de deux idées, elles aussi vagues et superficielles : évaluation et innovation. Elles prétendent condenser l’essentiel de l’idéologie scientiste et progressiste peu à peu accaparée par l’économie, le marketing et un libéralisme étroit depuis les années 1970-1980. Paradoxe de cette état de chose : l’université n’est désormais plus qu’une espèce de sous-traitant aux ordres du monde financier dont Thomson Reuters fait partie.

 

via L’université européenne la plus innovante est belge | Daily Science

Cisco va former 200 000 personnes. Bordel ! A quoi sert la fac ?

Certes, il ne faut pas prendre un coup de gueule pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire une argumentation fouillée, prudente, comme celles qui sont censées fonder le travail universitaire. On peut toutefois considérer que le coup de gueule en question n’est pas infondé, qu’il est motivé par une situation que l’université, précisément, dénonce sans dénoncer, de crainte de passer outre l’académiquement correct. Voici plus de vingt ans que l’université, tout comme ce fameux « monde extérieur » dont, paraît-il, elle ne tiendrait pas suffisamment compte, sont déterminés par les principes décrétés incontournables du tout au marché. Voici plus de vingt ans que l’université, longtemps articulée sur la fracture entre sciences humaines et sciences dites « dures » est confrontée à une révision épistémologique d’un nouveau type qui classe les disciplines en « utiles » et « non utiles », « valorisables » et « non rentables ». Or si les levées de boucliers existent dans le chef des prétendus coûteux et inutiles, celles-ci ne semblent pas avoir ris d’importance suffisante pour motiver de la part de l’institution universitaire une réflexion systématique sur elle-même, son rôle et ses potentialités à l’égard de la société. Dans le chef des sciences humaines et sociales qu’on s’attendrait à voir endosser cette responsabilité, tout se passe comme si les intelligences étaient frappées de schizophrénie. A titre individuel, peu de chercheurs et d’académiques approuvent la situation de mépris à peine voilé dans lequel la pensée dominante tient leurs disciplines (cf. les attaques de M. Valls à l’encontre d’une sociologie qui excuserait l’inexcusable http://www.liberation.fr/debats/2016/01/12/culture-de-l-excuse-les-sociologues-repondent-a-valls_1425855, le projet de fermeture de facultés jugées insuffisamment utiles ou rentables au Japon http://www.lemonde.fr/universites/article/2015/09/17/japon-vingt-six-universites-comptent-fermer-leurs-facultes-de-sciences-humaines-et-sociales_4760695_4468207.html, ou encore les charges de Philippe Val sur le « prêt-à-penser sociologique » http://www.lemonde.fr/universites/article/2015/09/17/japon-vingt-six-universites-comptent-fermer-leurs-facultes-de-sciences-humaines-et-sociales_4760695_4468207.html) mais les réactions institutionnelles sont, sinon rares du moins inaudibles à la fois en raison du peu d’échos que leur donnent les grands médias et de la difficulté d’argumenter sur la question dans des formes relativement accessibles au grand public. Peut-être aussi  la réaction institutionnelle est elle partiellement étouffée par les contraintes auxquelles ont à faire face les facultés, les doyens, les profs, les assistants, confrontés qu’ils sont à la pression gestionnaire qui a envahi les universités depuis une vingtaine d’années : moins de moyens, massification grandissante, exigences pédagogiques, réforme(s) du paysage de l’enseignement supérieur, contrôles de rentabilité et de qualité … Cette pression qui s’exerce de manière plus ou moins diffuse, via les cahiers de charge de recherches commanditées, via les plans stratégiques institutionnels, via les dispositifs mis en place dans le cadre de ce qu’on appelle le « processus de Bologne » etc., trouve sa justification dans un contexte de concurrence et de mercantilisation de l’activité universitaire au sens large. Les « politiques » des universités et de leurs facultés prennent donc la dénomination adéquate dans le vocabulaire gestionnaire de stratégies pensées et appliquées par rapport à des critères d’objectifs, de comparaison / compétition (benchmarking), d’agrément (assessment, accréditation … ). Ces stratégies imposent, on s’en doute, d’adapter forme et contenu du travail de recherche et d’enseignement à de nouveaux critères de justification. Ainsi s’installe peu à peu une logique de grand écart permanent  entre la volonté de préserver ce que l’on considère être l’essence de l’activité académique (réflexivité, critique, rigueur, désintéressement relatif de l’activité de recherche …) et les demandes de nouveaux publics, de nouveaux partenaires (professionnalisation, valorisation du diplôme sur le marché de l’emploi) , … et de nouvelles instances légitimantes (experts européens, monde de l’entreprise …). Tant bien que mal, l’université développe depuis des années des filières censées répondre à des attentes qui ne sont pas toujours contradictoires qu’en apparence. Tant bien que mal, l’université s’efforce de produire et diffuser des connaissances dont elle souhaite qu’elles soient en effet utiles, mais dans le cadre d’une définition plus large du mot qui respecterait les notions d’émancipation personnelle et d’un progrès fondé sur autre chose que de l’innovation technologique et de la valorisation de brevets. Il faut en effet vivre de l’intérieur cet écartèlement quotidien entre, d’une part, la conviction profonde que l’on peut avoir de la responsabilité de l’université à l’égard de la société et, d’autre part, l’idée que d’aucuns voudraient que l’on s’en fasse pour se dire qu’au bout du compte, il ne peut y avoir qu’une rupture et le constat amer d’un jeu de dupes. Rupture, car une certaine forme d’idéal universitaire ne peut plus exister, malgré la bonne volonté de celles et ceux qui lui trouvent encore une quelconque grandeur et une quelconque pertinence, dans un contexte dont les valeurs sont à l’exact opposé. Jeu de dupes enfin quand on réalise que l’université n’aura bientôt guère plus d’importance qu’un maillon parmi d’autres dans une longue chaîne éducative visant à conformer ceux qui y seront passés aux besoins du monde économique, et que le savoir auquel elle se consacre ne sera plus qu’un produit parmi d’autres sur un marché où la pertinence des connaissances se juge déjà à leur potentiel commercial.

via Cisco va former 200 000 personnes. Bordel, à quoi sert la fac ? – Rue89 – L’Obs

Pourquoi je ne publie(rai) plus (jamais) dans des revues scientifiques.

Le cri du coeur d’un Maître de Conférences en Sciences de l’information. Une pièce de choix à ajouter au débat libre-accès (open-access) aux publications scientifiques vs. l’exploitation économique de ces dernières par les grands éditeurs. Extrait : « La vraie raison c’est que notre putain de métier n’est pas d’écrire des articles scientifiques et de remplir de faire des dossiers de demande de subvention qui nous seront refusés plus de 3 fois sur 4 (…). Notre putain de métier c’est d’enseigner, de produire des connaissances scientifiques permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ET DE PARTAGER CES PUTAINS DE CONNAISSANCES AVEC LES GENS. Pas JUSTE avec nos gentils étudiants ou JUSTE avec nos charmants collègues, AVEC LES GENS. Notre putain de métier ce n’est pas d’attendre deux putains d’années que d’improbables pairs qui auraient par ailleurs bien mieux à faire – de la recherche ou des cours – aient bien constaté que nous n’écrivions pas n’importe quoi pour nous donner, au bout de deux ans, la permission de voir nos écrits diffusés avec un niveau de confidentialité qui rendrait jaloux les banques suisses et avec un coût d’accès qui … rendrait aussi jaloux les banques suisses« .

Elsevier

via affordance.info: Pourquoi je ne publie(rai) plus (jamais) dans des revues scientifiques.

Qu’est-ce que le DSM ? – actu philosophia

 

Une réflexion sur la construction de la science et de ses justifications à travers l’étude du DSM (Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux)

« Steeve Demazeux, philosophe des sciences et maître de conférence à l’Université Montaigne de Bordeaux, publie un ouvrage [1] qu’on peut qualifier de nécessaire pour la philosophie des psychopathologies et pour le « monde psy » en général : il se propose d’étudier le DSM, c’est-à-dire le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et notamment sa 3e édition. Cette troisième édition est connue pour constituer un tournant dans la vision de l’homme et de la psychiatrie ; Steeve Demazeux entend montrer la genèse de ce tournant, son contexte complexe, les lacunes et les débats voire les dissensions doctrinales et cliniques que ce manuel diagnostic cherche à combler et à résoudre« .

via Steeves Demazeux : Qu’est-ce que le DSM ? – actu philosophia

Neoliberal Tools (and Archives): A Political History of Digital Humanities

Après avoir été négligées ou critiquées par le discours dominant en matière de transformation de l’enseignement et de la recherche universitaires, les humanités semblent aujourd’hui revenir dans les grâces des « experts ». Il aura suffi d’y accoler l’adjectif  « digital »(ou encore « numérique ») pour recycler une notion longtemps présentée comme dépassée, inadaptée aux besoins et autres exigences (de l’époque, du marché de l’emploi, des entreprises … au choix) et la remettre au goût du jour. Les humanités c’est ringard mais les humanités digitales ça devient autrement porteur. Ca sent la technologie, la flexibilité, la réactivité, le flux de données, le traitement d’informations ; ça sent l’ici et le maintenant, mieux même : le futur nécessairement radieux que le progrès n’a jamais cessé de promettre. Sentez-vous le réseau, la connectivité, les applications et les interfaces design ? Sentez-vous la modernité et l’efficience ? Au diable les bibliothèques poussiéreuses, les livres ennuyeux, le temps long, la spéculation inutile : les humanités sont désormais cool, elles sont digitales ! Un article quelque peu provocateur mais qui a le grand mérite de ramener au coeur des questionnements sur le devenir des sciences humaines leur responsabilité critique.

« What Digital Humanities is not about, despite its explicit claims, is the use of digital or quantitative methodologies to answer research questions in the humanities. It is, instead, about the promotion of project-based learning and lab-based research over reading and writing, the rebranding of insecure campus employment as an empowering “alt-ac” career choice, and the redefinition of technical expertise as a form (indeed, the superior form) of humanist knowledge. This is why Digital Humanities is pushed far more strongly by university administrators than it is by scholars and students, who increasingly find themselves pressured to redirect their work toward Digital Humanities. »

 

via Neoliberal Tools (and Archives): A Political History of Digital Humanities –