L’environnement au coeur d’un nouveau régime de connaissances.

La récente décision de la Cour d’Appel de La Haye d’obliger l’Etat à respecter un objectif spécifique en matière de réduction des émissions de CO2 montre que les préoccupations environnementales ne sont plus une simple lubie de rêveurs attardés. Non seulement l’environnement confirme qu’il est un des champs principaux d’expression d’un nouveau régime de savoir fondé sur la transdisciplinarité et la complexité, mais sa reconnaissance par le droit montre que de nouvelles normes de « bonne société » sont en train de bousculer les représentations habituelles du progrès techno-scientiste.

https://www.actu-environnement.com/ae/news/Climat-Cour-appel-La-Haye-confirme-condamnation-historique-Pays-Bas-32146.php4?xtor=AL-33

De l’incompatibilité du rôle critique de l’université dans le marché de la connaissance.

Une illustration parmi d’autres de l’incompatibilité de la critique censée sous-tendre la recherche et l’enseignement à l’université et les prétendues « attentes » de la société. Celles-ci ne sont généralement que la traduction dans les discours institutionnels et politiques des critères de la bonne société selon le prêt-à-penser néolibéral. C’est peut-être particulièrement vrai dans les universités des pays dits « émergents » dont le développement s’entend et se mesure à l’aune de ces mêmes critères.

https://www.telegraphindia.com/opinion/universities-and-the-perils-of-mistaking-critique-for-subversion/cid/1671405

File photo of students at Jawaharlal Nehru University protesting the suspension of eight students in December 2016

Requiem pour l’université.

Une carte blanche aussi pertinente que lucide du Prof. Nicolas Thirion sur cette transformation de l’université d’autant plus inquiétante qu’elle ne concerne pas que la structure d’une institution mais bien les valeurs susceptibles d’être attachées à la notion de « science » et, à travers celle-ci, de culture au sens le plus large.  L’université n’a jamais transformé la société ; elle n’est aujourd’hui comme hier que le reflet de la pensée dominante du temps. Or, cette pensée dominante discrédite aujourd’hui l’idée de savoir désintéressé, d’émancipation culturelle au profit d’un utilitarisme dont les effets sur toutes les dimensions de notre existence sont catastrophiques. Défendre une autre idée de l’université que celle promue par les idéologues du processus de Bologne et autres experts en cheville avec les écoles de commerce est une urgence politique au même titre que la promotion d’un nouveau modèle économique et social de relation à l’environnement.

 

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https://www.levif.be/actualite/belgique/requiem-pour-l-universite/article-opinion-1034057.html

Des liaisons dangereuses entre science et marché.

Voilà (entre autres) pourquoi il serait pertinent que les universités réfléchissent à des cours d’initiation aux dimensions complexe et critique du travail scientifique dispensés dans toutes les filières. Et qu’on se préoccupe un peu moins de vouloir ressembler à des entreprises sur un marché de la connaissance. La marchandisation de la recherche et de l’enseignement supérieur ne sont pas plus une fatalité qu’une évolution prétendument normale de l’histoire. Il convient aussi aux scientifiques de contribuer à la redéfinition d’un progrès qui, aujourd’hui, est moins que jamais tenable.
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Le ras-le-bol des profs d’unif: «Les étudiants traînassent dans un système sans chances de réussite réelles»

Je réagis à chaud aujourd’hui à la propre réaction de mes collègues :

Les effets de l’évolution de l’université à la mode du « processus de Bologne ». A peu de choses de près, cela a consisté à redéfinir enseignement et recherche selon les critères du Nouveau Management Public. A la fin des années 90, la plupart des responsables universitaires frétillaient d’aise à la lecture des publications du Colloque de Glion dont les très experts rédacteurs étaient au moins à 80 % des économistes à la sauce très libérale. Luc Weber, tête pensante du think tank est même venu, mandaté par l’European University Association, en mission d’évaluation institutionnelle dans mon université (Université de Liège). Joli mélange des genres … On rêvait compétitivité, excellence (ce mot très creux qu’on a rempli de beaucoup de n’importe quoi), on s’extasiait devant le modèle des grandes universités US, on fantasmait sur l »‘international », l’innovation et on se demandait pourquoi payer des philosophes, des sociologues et des linguistes, ces parasites non rentables. L’évolution de l’université était aussi indispensable qu’inévitable mais il aurait suffi qu’on interroge un peu les sciences sociales pour tenter de l’infléchir en mesurant l’importance des déterminants socio-économiques et idéologiques et du risque de formatage de l’institution par les valeurs néolibérales. C’est ce qui s’est en partie passé. Pourtant, dès avant Bologne, les collègues américains et canadiens tiraient la sonnette d’alarme et analysaient précisément les effets pervers de l’academic capitalism. Et aujourd’hui, entre les prescriptions des stratèges, des communicateurs, des évaluateurs, des comptables et le déculottage devant les fédérations patronales, le monde de la grande entreprise, on essaie de faire un peu de recherche et d’enseignement. Vaille que vaille. En rasant les murs si notre fac n’a pas une super spin off valorisable dans le reportage d’un journaleux du coin sur le génie académique local. Je ne parlerais pas ici des « soft skills » qui vont nous obliger à apprendre aux doctorants comment on fait la vaisselle ou pourquoi il faut aider la vieille dame à traverser la rue.

 

http://www.lesoir.be/…/le-ras-le-bol-des-profs-dunif-les-et…

Allemagne : l’extrême-droite s’en prend aux universités.

« Earlier this month Sabine Kunst, president of Berlin’s Humboldt University, said that she would use a lawsuit to force representatives of the university’s students’ union — known as the Refrat — to disclose their full names.

Representatives of the union, a student body organization, have been accused in the past of using a lack of openness to circumvent term limits, and the university leadership has justified its lawsuit in the name of transparency.

But Humboldt has also been accused of bowing to pressure from the AfD, whose representatives have started to use their newly won elected positions to ask probing questions of German universities and students’ unions, often implicitly or explicitly accusing them of siding with the far left (…) »

 

https://www.insidehighered.com/news/2018/08/24/germanys-far-right-attacks-german-universities

 

Le classement de Shanghai des universités : une pernicieuse addiction médiatique

« En l’an de grâce 2003 fut inauguré par l’honorable Nian Cai Liu et son équipe de l’université de Jiao Tong le désormais célébrissime « Classement de Shanghai des universités du monde ». Chaque année depuis lors, au cœur de l’été, autour du 15 août, les médias, toutes catégories confondues, célèbrent le palmarès chinois, singulier « marronnier » parmi les incendies de forêts et autres festivals. Pourtant, selon quelques avis compétents, ce classement ne vaudrait pas grand-chose, voire rien. Mais il en faut davantage pour décourager la gent médiatique et quelques acteurs associés, qui ont d’autres intérêts en jeu (…) »

https://www.acrimed.org/Le-classement-de-Shanghai-des-universites-une